Le développement, l'Histoire d'une croyance occidentale
Gilbert Rist, 2007
Etant donnée ma collaboration au site nonfiction.fr pour lequel j'ai réalisé cette note de lecture, je vous invite à suivre le lien si dessous qui renvoie directement à la-dite chronique:
http://www.nonfiction.fr/article-345-des_charmes_artificiels_de_la_croissance.htm
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Par Alexandre Bertin
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Dimanche 23 septembre 2007
Freakonomics
Stephen D. Levitt, Stephen J. Dubner
2007, Folio Actuel, 337 p.
La parution en 2005 de Freakonomics fût un événement. La collaboration entre Levitt (meilleur économiste de
moins de 40 ans reconnu par ses pairs en recevant la médaille John Bates Clarke) et Dubner (journaliste au
New York Times) déboucha sur la compilation de quelqu'uns des plus célèbres articles scientifiques rédigés par Levitt. Aujourd'hui, sort en version poche, la dernière édition française (augmentée
d'une préface) du-dit best seller.
En quoi consiste ce petit livre ? L'intérêt de l'ouvrage repose essentiellement sur les sujets traités par l'économiste. En effet, dès lors que l'on prononce les mots : "travaux d'économistes", la
moitié de l'auditoire s'endort et l'autre moitié fuit de peur de se voir proposer une tonne d'information statistique sous forme de tableaux abscons ou d'équations différentielles. Point de
tout cela ici. Et c'est justement l'intérêt de la collaboration entre le journaliste et le scientifique. Dubner, en reprenant l'ensemble des travaux scientifiques de Levitt, en les réécrivant pour
les rendre lisibles et plus sexy a largement contribué à son succès.
Mais revenons aux sujets traités. Au fil des pages, les théoriciens seront surpris de lire un livre d'économie qui ne prononce ni les noms de Marx, Ricardo ou Keynes, qui n'utilise ni les
expressions telles que "levier d'endettement" ou "balance commerciale" ni les calculs de "propension marginale à consommer" ou de "taux d'endettement". En revanche, l'intérêt principal de Levitt
est l'analyse économique des phénomènes sociaux. On repense ici aux travaux d'un Gary Becker et son analyse économique du crime. Comme l'écrit Dubner " ce qui intéressait Levitt,
c'étaient les petites énigmes de la vie quotidienne" (p.14) et c'est ce qu'il fait très bien.
Les sujets du livre sont variés, correspondant à chaque fois à un article scientifique paru dans une grande revue et à un petit questionnement fort judicieusement posé. L'articulation de l'ensemble
des articles a été fluidifiée par la main journalistique Dubner, qui enchaîne les chapîtres et les sujets. Nous ne dévoilerons pas la teneur de chacun des chapîtres, laissant le soin au lecteur de
découvrir les tenants et les aboutissants de toutes les études deLevitt.
En revanche, nous pouvons porter un regard critique sur l'ouvrage. Contrairement à mes collègues d'Econoclaste, je suis moins enthousiaste en refermant ce livre. Certes, Levitt a un vrai talent de scientifique : là ou tout le monde insiste sur un phénomène purement
économique sans recul critique sur celui-ci, Levitt remonte à un fait social et législatif des années 1970 (le lien entre l'avortement et la baisse de la criminalité aux Etats-Unis). Il est
également capable d'analyser, à partir d'une intuition et d'un constat, quelles sont les motivations réelles des agents immobiliers lorsqu'ils vendent le bien d'un particulier. Vous doutez de la
morale d'un sumo ? Demandez à Levitt de reprendre l'ensemble des résultats des compétitions nationales sur les dernières décennies et il finira de vous convaincre de la cruauté du monde
professionnel sumo-tori.
Levitt a le don de remettre en cause les causalités, à mettre le doigt là où ça fait mal. Mais ce qui impressionne c'est la somme d'informations collectées et traitées par Levitt. Son analyse
économique du vendeur de Bagels ou de la réussite dans la vie en fonction du prénom porté est une leçon de collecte et de traitement de données.
Mais voilà, le livre lasse rapidement le lecteur. Trop d'informations a tendance à endormir la rationaliste qui sommeille en nous. Les études s'enchaînent les unes aux autres et très vite
l'incongruité de la chose finit par agacer: est-ce réellement salvateur pour la science économique d'étudier le lien entre les revenus des dealers et leur lieu de résidence ?
Il faudrait peut-être lire ce livre non d'une seule traite mais le décomposer en séquences de loisirs, en se disant, "tiens aujourd'hui il pleut, je pourrais me faire un chapitre de
Freakonomics".
Vous l'aurez compris, je trouve que ce livre devient très rapidement indigeste, par l'absence d'intérêt des sujets traités et par la somme d'informations dont il nous abreuve.
Plus rafraichissant est le blog créé par Dubner et Levitt qui reviennent sur l'actualité économique, politique et
scientifique mais par le petit bout de la lorgnette pour nier l'évidence que nous cherchons tous, par fainéantise, à avaler.
Par Alexandre Bertin
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